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Herbier de plantes sauvages : cueillir, presser, nommer et conserver

Herbier de plantes sauvages : cueillir, presser, nommer et conserver

Un herbier de plantes sauvages tient en trois gestes : cueillir une plante commune dans un pré, un bois ou une rue de la ville, la presser à plat entre des feuilles de papier blanc absorbant, puis la fixer avec une étiquette qui porte son nom latin, le lieu et la date. Pissenlit, alliaire officinale, trèfle, sureau : bien tenu, cet herbier sauvage se consulte comme un livre pendant des décennies.

Matériel
Une presse ou deux planches de bois, du papier journal, des feuilles blanches épaisses, des bandes gommées.
Durée
Une à trois semaines de séchage selon l'épaisseur de la plante.
Règle de cueillette
Jamais d'espèce protégée, un seul pied prélevé là où la plante est commune.

Herbier sauvage ou beau livre : de quoi parle-t-on ?

Le mot désigne deux objets. Au sens botanique, un herbier est une collection de plantes séchées, montées sur des feuilles cartonnées et classées. Les muséums d'histoire naturelle en conservent des millions de spécimens, venus du monde entier, qui servent encore aux chercheurs pour dater l'arrivée d'une espèce ou suivre son recul. Jean-Jacques Rousseau herborisait ainsi, et beaucoup d'enfants ont monté leur premier herbier à l'école primaire.

Au sens éditorial, un « herbier des plantes sauvages » est un beau livre illustré : planches dessinées ou photographiées, fiche descriptive par espèce, usages et anecdotes. Ces ouvrages se trouvent en librairie nature ou dans les collections nature des grands éditeurs naturalistes. Les deux se complètent : le livre aide à nommer, l'herbier personnel fixe ce que l'on a vraiment vu sur le terrain, dans sa région, à sa saison.

Ce guide pratique s'adresse d'abord à celui qui veut fabriquer le sien, avec des plantes sauvages cueillies en pleine nature ou au bord du jardin.

Quelles plantes sauvages choisir pour commencer ?

Mieux vaut débuter par des espèces communes, faciles à reconnaître et sans statut de protection. Elles poussent partout, dans un pré de fauche, une haie ou au pied d'un mur, et leur présence ne dépend pas d'un prélèvement de plus. Un premier herbier de vingt plantes bien montées vaut davantage qu'une centaine de spécimens abîmés.

  • Pissenlit : feuilles dentées en rosette, latex blanc dans la tige, fleur jaune unique au bout d'une hampe creuse.
  • Ortie dioïque : tige carrée, feuilles opposées couvertes de poils urticants ; à cueillir avec des gants.
  • Alliaire officinale : feuilles en cœur qui sentent l'ail une fois froissées, petites fleurs blanches à quatre pétales en avril.
  • Lamier blanc : ressemble à l'ortie, sans piquer ; fleurs blanches en étages autour de la tige.
  • Sureau noir : arbuste des lisières de bois, fleurs blanches en larges ombelles plates en juin, baies noires en fin d'été.
  • Carotte sauvage : ombelle blanche avec souvent une petite fleur pourpre au centre, tige velue.

La ville n'est pas en reste : dans les caniveaux, au joint des pavés et sur les murs de pierre poussent la pâquerette, le plantain, l'oxalis, le trèfle blanc ou le lierre. Ces plantes des espaces urbains s'insinuent partout où une graine trouve un peu de terre, et elles forment un excellent premier chapitre. Au bord des chemins, l'achillée millefeuille, la berce, l'angélique ou le thym sauvage complètent la série des vivaces ; côté arbres, un rameau de tilleul, d'aubépine, de prunellier ou de chêne se presse aussi bien qu'une herbe.

Plusieurs de ces espèces se retrouvent aussi en cuisine ; l'ortie, par exemple, sert autant à la soupe qu'au purin d'ortie qui nourrit le potager. L'herbier devient alors une mémoire utile : chaque planche rappelle où et quand la plante était belle.

Comment cueillir un spécimen qui se conservera ?

Un bon spécimen montre tout ce qui sert à l'identifier : une tige avec ses feuilles de base et ses feuilles hautes, des fleurs ouvertes et si possible un bouton ou un fruit. Pour une petite plante, on prélève le pied entier ; pour un arbuste comme le sureau noir, un rameau fleuri de trente centimètres suffit.

Cueillir par temps sec, en fin de matinée, quand la rosée est partie : une plante humide moisit dans la presse. On transporte les récoltes à plat dans un carnet ou un classeur, plutôt qu'en bouquet dans un sac, et on note sur place le milieu (pré, bois, talus, bord de ruisseau), la commune et la date. Ces trois informations ne se retrouvent jamais après coup.

Côté réglementation, certaines espèces sont protégées au niveau national ou régional, et la cueillette est interdite dans le cœur des parcs nationaux et la plupart des réserves naturelles. Les orchidées sauvages, par exemple, se photographient et ne se cueillent pas.

Presser et sécher sans abîmer les couleurs

La presse la plus simple se fabrique avec deux planches de bois, des sangles ou quelques livres lourds. On étale la plante sur une feuille de papier journal, on déplie à la main chaque feuille et chaque pétale, on retourne une feuille pour montrer son revers, puis on recouvre d'une autre feuille de papier et de carton.

  1. Changer les papiers chaque jour pendant les trois ou quatre premiers jours : c'est ce qui garde le vert et empêche le noircissement.
  2. Placer la presse dans une pièce sèche et aérée, jamais au soleil.
  3. Laisser sécher une semaine pour une plante fine, jusqu'à trois semaines pour une tige charnue.
  4. Vérifier que la plante est rigide et cassante avant de la sortir.

Les fleurs bleues et violettes perdent souvent leur couleur ; le blanc tourne parfois au crème. C'est normal, et c'est une raison de plus pour noter la couleur fraîche sur l'étiquette.

Questions fréquentes sur l'herbier

Faut-il indiquer le nom latin sur chaque planche ?

Oui, c'est le seul nom stable d'un pays à l'autre : le « lamier blanc » s'appelle Lamium album partout, alors que ses noms communs changent d'une région à l'autre. On ajoute la famille, le nom commun, le lieu, la date et le nom du récolteur.

Peut-on faire un herbier avec des enfants ?

C'est même l'une des meilleures portes d'entrée vers la botanique : la cueillette, la presse et l'étiquette occupent plusieurs après-midi. Les idées d'activités du jardinage avec les enfants se prolongent très bien par cette collection.

Combien de temps se garde un herbier ?

Des siècles s'il reste au sec, à l'abri de la lumière et des insectes : les herbiers des muséums conservent des planches du dix-septième siècle. Chez soi, une boîte fermée et une vérification annuelle suffisent.

Monter les planches et classer sa collection

Chaque plante sèche se fixe sur une feuille blanche épaisse, format A3 ou A4, avec de petites bandes de papier gommé posées en travers des tiges. La colle liquide est à éviter : elle tache et empêche de retirer le spécimen plus tard. L'étiquette se place en bas à droite.

Pour le classement, deux logiques existent. L'ordre des familles botaniques est celui des scientifiques et de la Flora Gallica, la flore de référence pour la France. L'ordre par milieu (pré, bois, haie, bord d'eau) parle davantage au promeneur et montre la biodiversité autour de chez soi. Les planches se rangent à plat dans des chemises, puis dans une boîte ; un sachet de lavande éloigne les petits insectes qui dévorent les plantes sèches.

Reconnaître les comestibles et leurs sosies dangereux

L'herbier sert aussi d'aide-mémoire au cueilleur. Plusieurs plantes sauvages comestibles ont un sosie toxique qui pousse au même endroit, et une planche bien étiquetée de chacun aide à fixer les différences.

Plante comestibleSosie toxiqueCritère qui les sépare
Ail des oursMuguet, colchiqueOdeur d'ail nette sur la feuille froissée ; le muguet et la colchique n'en ont aucune
Carotte sauvageGrande ciguëLa ciguë a une tige lisse tachée de pourpre et une odeur désagréable
Sureau noirSureau yèbleL'yèble est une herbe haute sans bois, aux ombelles dressées ; le sureau noir est un arbuste aux grappes pendantes
Alliaire officinaleJeunes feuilles de plantes variéesSeule l'alliaire sent l'ail au froissement, avec des feuilles en cœur

La règle ne varie pas : aucune plante ne se mange sans identification certaine sur plusieurs critères. Une application de reconnaissance donne une piste, pas une certitude. Les aromatiques du jardin, décrites dans notre guide pour cultiver des herbes aromatiques, restent la solution sûre pour qui débute.

Quel livre choisir pour accompagner son herbier ?

Trois familles d'ouvrages rendent service, et aucune ne remplace l'autre. La flore de terrain, compacte, avec des clés de détermination, sert à nommer une plante inconnue. Le guide illustré par saison, avec une fiche descriptive par espèce, aide le promeneur à repérer ce qui fleurit en ce moment. Le beau livre, enfin, souvent un ouvrage exceptionnel par ses illustrations et le travail de son auteur, parfois réédité dans une nouvelle édition, raconte l'histoire naturelle des plantes, leurs usages anciens et leurs noms populaires.

Avant d'en acheter un, vérifier qu'il couvre sa région (une flore alpine sert peu en Bretagne), qu'il donne le nom latin de chaque espèce et qu'il date de moins de quelques années : la classification botanique a beaucoup changé. Feuilleter plusieurs titres dans une librairie nature reste la meilleure façon de trouver celui qu'on ouvrira vraiment, et les ateliers floraux ou sorties botaniques des associations locales complètent bien la lecture. Le réseau Tela Botanica, qui rassemble des botanistes amateurs et professionnels, propose aussi des ressources gratuites pour vérifier une identification.

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