Le permaculture design est une approche de conception qui vise à concevoir un jardin, une maison ou un lieu de vie comme un système naturel : observer le site, dessiner la carte de base du jardin, connecter chaque élément du design aux autres, puis créer et ajuster. Sans ce plan, la permaculture se réduit à des techniques de jardinage ; avec lui, le jardin en permaculture devient un jardin nourricier, riche en biodiversité, qui demande moins de travail chaque année.
Le design en permaculture en quatre gestes
- Observer
- une saison au minimum, idéalement une année, avant de planter quoi que ce soit.
- Cartographier
- une carte de base du site, puis les zones et les secteurs (soleil, vent, eau).
- Connecter
- chaque élément doit rendre au moins deux services et recevoir ce dont il a besoin d'un voisin.
- Ajuster
- la mise en œuvre se fait par petites étapes, en corrigeant le plan au fil des retours du terrain.
D'où vient le design en permaculture
Le mot permaculture a été forgé en Australie à la fin des années 1970 par Bill Mollison et David Holmgren, qui publient Permaculture One en 1978. Leur point de départ est une critique de l'agriculture industrielle : un champ labouré chaque année perd sa matière organique, alors qu'une forêt se fertilise seule. L'idée est de concevoir des systèmes humains qui imitent cette autonomie. Dix ans plus tard, Mollison publie Permaculture: A Designers' Manual (1988), dont le titre dit tout : la permaculture est d'abord une discipline de design, une conception de l'espace, avant d'être une façon de jardiner.
Elle repose sur trois éthiques (prendre soin de la Terre, prendre soin des humains, partager équitablement les surplus) et sur des principes de conception. Holmgren en a formalisé douze en 2002, dont « observer et interagir », « intégrer plutôt que séparer » ou « utiliser les solutions lentes et à petite échelle ». Pour David Holmgren, la permaculture est une approche de conception autant qu'une éthique, et ce travail de David Holmgren sur les principes a beaucoup inspiré l'agroforesterie et les micro-fermes. Ces principes de la permaculture ne disent pas quoi planter : ils disent comment réfléchir avant de créer quoi que ce soit. C'est pour cela que le même design de base sert à un potager de ville, à une ferme ou à un design de vie complet, qui inclut la maison, l'énergie et le temps de travail.
Dans un jardin, la démarche rejoint celle du jardinage écologique au quotidien, mais elle va plus loin : elle ne se contente pas de supprimer les produits chimiques, elle redessine les liens entre l'eau, le sol, les plantes, les animaux et les personnes.
La phase d'observation, première étape du design
La phase d'observation est l'application du premier principe de Holmgren, et c'est celle que les débutants sautent le plus souvent. Un terrain ne se révèle pas en un week-end. Il faut voir où le soleil d'hiver touche encore le sol, où l'eau ruisselle après un orage, où la gelée reste le matin, quelles plantes spontanées poussent et ce qu'elles disent du sol (l'ortie signale un sol riche en azote, la prêle un sol compacté et humide).
En pratique, un carnet et quelques photos prises du même point à chaque saison suffisent. On note :
- la course du soleil en été et en hiver, et les ombres portées par la maison, les haies et les arbres voisins ;
- les vents dominants, froids ou desséchants ;
- le chemin de l'eau de pluie, les zones sèches et les zones détrempées ;
- la faune sauvage présente : oiseaux, hérissons, amphibiens, pollinisateurs ;
- les usages réels : par où l'on passe, où l'on s'assoit, où les enfants jouent.
Cette année d'attente n'est pas du temps perdu. On peut pailler, composter, semer des engrais verts et commencer un petit potager en permaculture près de la maison, sans figer de décision lourde comme l'emplacement d'une mare ou d'un verger.
Comment faire un design en permaculture, étape par étape
Les étapes pour réaliser un design varient selon les écoles, mais la plupart des formations en permaculture enseignent une séquence proche de celle-ci. Elle vaut pour un balcon comme pour plusieurs hectares.
1. Le relevé et la carte de base
La carte de base est un plan à l'échelle du site tel qu'il existe : limites, bâtiments, arbres, réseaux, pente, accès. On la dessine sur papier calque ou dans un logiciel, puis on superpose des calques : ensoleillement, eau, sol, végétation existante. C'est ce document qui permet de faire un design sans se fier à sa mémoire.
2. Les besoins et les ressources
Que veut-on produire, et pour qui ? Des légumes pour une famille de quatre, des fruits, du bois, un coin calme, un abri pour la faune ? On liste ensuite les ressources du site : surface, eau disponible, temps hebdomadaire, budget, compétences. Un design qui ignore le temps réel dont on dispose échoue presque toujours dès la deuxième saison.
3. Zones et secteurs
Le zonage classe l'espace de 0 (la maison) à 5 (la nature sauvage) selon la fréquence de passage. Les secteurs, eux, représentent les énergies qui traversent le site : soleil, vent, eau, bruit, regard des voisins, risque d'incendie. Croiser zones et secteurs indique où placer chaque élément.
4. Le placement des éléments
Chaque élément reçoit une fiche : ses besoins, ses productions, ses contraintes. Une poule a besoin de grain, d'eau et d'abri ; elle produit des œufs, du fumier, mange les limaces et gratte le sol. Placée entre le compost et le potager, elle travaille pour les deux. Le but est de connecter les éléments pour que les sorties de l'un deviennent les entrées de l'autre. On peut connecter la gouttière à une cuve, puis la cuve au potager ; connecter le compost à la cuisine et au poulailler ; connecter la haie à la mare pour offrir un corridor aux oiseaux et aux insectes. Un élément isolé, qu'on ne sait connecter à rien, est souvent mal placé.
5. La mise en œuvre progressive
La mise en place commence près de la maison, en zone 1, et s'étend vers l'extérieur. On commence par l'eau et le sol, puis les structures pérennes (haies, arbres), et enfin les cultures annuelles. Chaque saison, on compare le plan au terrain et on corrige.
Les zones d'un jardin en permaculture
Le zonage est l'outil le plus connu de la conception en permaculture. Il sert à économiser des pas, donc de l'énergie : ce qui demande une visite quotidienne se trouve à portée de la cuisine, ce qui se gère une fois par an peut être loin.
| Zone | Fréquence de visite | Éléments typiques |
|---|---|---|
| 0 | permanente | la maison, ses économies d'énergie, la récupération d'eau |
| 1 | plusieurs fois par jour | herbes aromatiques, salades, semis, compost de cuisine |
| 2 | chaque jour ou presque | potager principal, petits fruits, poulailler, ruches |
| 3 | chaque semaine | verger, grandes cultures, pommes de terre, courges |
| 4 | quelques fois par an | forêt comestible, bois de chauffage, plantes mellifères |
| 5 | observation seulement | friche, mare naturelle, refuge de la faune sauvage |
Sur un petit terrain, les zones 3 à 5 se réduisent à une haie, un tas de bois mort ou un coin non fauché. Cet aménagement laisse une place aux végétaux spontanés et aux oiseaux, et la biodiversité qui s'y installe rend service à tout l'espace cultivé. Ces zones restent utiles : c'est là que vivent les auxiliaires qui protègent le potager, comme l'explique notre guide pour favoriser la biodiversité au jardin.
Gestion de l'eau et du sol dans le plan
Dans un design en permaculture, l'eau se pense avant les plantes. On cherche à la ralentir, la répandre et l'infiltrer : noues qui suivent les courbes de niveau, buttes, paillage épais, cuves de récupération branchées sur les gouttières, mare naturelle placée au point bas. Une mare attire grenouilles et libellules, qui régulent les ravageurs, et elle crée un microclimat plus doux autour d'elle. Pour dimensionner le stockage, voir comment réussir la récupération d'eau de pluie à la maison.
Le sol, lui, ne se travaille presque plus. On le couvre en permanence, on lui apporte de la matière organique et on laisse les vers de terre faire le labour. La culture en lasagne, qui empile cartons, déchets verts et compost, permet de créer une planche fertile sur une pelouse ou un sol ingrat en quelques mois, sans bêche.
Quels outils pour le design en permaculture ?
Les outils pour le design restent simples. Le plus important est le papier : une carte de base au 1/100 ou au 1/200, du calque, des crayons de couleur. Viennent ensuite un niveau à eau ou un niveau en A (un cadre en bois avec un fil à plomb) pour tracer les courbes de niveau, une boussole et un relevé de la course du soleil.
Côté numérique, une vue aérienne ou cadastrale sert de fond de plan, et un logiciel de dessin libre suffit pour superposer les calques. Certaines personnes utilisent aussi des matrices de besoins et de productions, ou la technique de design dite des « éléments à fonctions multiples » : un tableau où chaque élément du jardin est relié à au moins trois fonctions. Aucun outil ne remplace pourtant la phase d'observation : un plan dessiné sans avoir vu le site en hiver repose sur des suppositions. Chaque information relevée sur le terrain (type de sol, végétaux en place, système d'écoulement de l'eau) vaut davantage qu'une information trouvée en ligne.
Exemples de jardins conçus par le design
En France, l'exemple le plus cité est la ferme du Bec Hellouin, en Normandie, où Perrine et Charles Hervé-Gruyer ont installé à partir de 2006 un maraîchage bio inspiré de la permaculture et du maraîchage intensif sur petite surface. La ferme a fait l'objet d'une étude menée avec INRAE et AgroParisTech sur la viabilité de ce modèle. D'autres lieux, comme les oasis nature du réseau Colibris ou les jardins partagés de nombreuses villes, appliquent les mêmes principes à plus petite échelle.
Ce qui rapproche ces exemples n'est pas une technique précise : c'est un plan pensé avant d'agir. Un jardin naturel conçu ainsi associe un potager en buttes, une haie fruitière, un compost central, une mare et des zones laissées libres. La conduite d'un potager bio dès la première année s'y intègre facilement, en zone 1 et 2.
Se former au design permaculturel
La référence internationale est le cours de conception en permaculture, le CCP (en anglais Permaculture Design Certificate), dont le programme suit le manuel de Mollison. Il dure en général 72 heures, réparties sur deux semaines en continu ou plusieurs week-ends, et se termine par la réalisation d'un design de groupe sur un site réel. En France, il est proposé par des associations, des fermes et l'Université Populaire de Permaculture, qui délivre aussi un diplôme après deux ans de pratique documentée.
Où se former ? On apprend le design permaculturel sous l'une de ces formes :
- la formation en présentiel, sur un lieu en permaculture, qui permet de voir le design appliqué et de pratiquer la carte de base sur le terrain ;
- le cours en ligne, plus souple, souvent organisé en modules vidéo avec un accompagnement sur un projet personnel ;
- les stages courts, d'un ou deux jours, centrés sur un thème (sol, eau, forêt comestible) plutôt que sur le design complet.
Une formation design n'est pas indispensable pour commencer. Lire les ouvrages de référence, visiter des jardins et dessiner son propre plan donnent déjà une bonne base. Le cours de conception devient utile quand on veut concevoir un jardin pour d'autres, un lieu collectif ou une activité agricole. Avant de s'inscrire, regardez si la formation inclut une vraie mise en pratique sur un site, et si l'équipe pédagogique a elle-même conçu des lieux qui fonctionnent depuis plusieurs années.
Changer le monde avec la permaculture, vraiment ?
Le slogan revient souvent dans les formations en permaculture : changer le monde, un jardin à la fois. La formule a ses limites. Un potager de 200 m² ne nourrit pas une famille toute l'année, et la permaculture ne remplace pas une politique agricole. Ce qu'elle change est plus modeste et plus concret : la façon dont on regarde un terrain, la quantité d'eau et d'intrants consommés, la place laissée à la faune sauvage, le lien entre ce qu'on mange et ce qu'on jette.
Le design de vie, qui applique les mêmes principes à son budget, son logement ou son emploi du temps, prolonge cette logique hors du jardin. On peut aussi y voir une manière de créer un jardin durable sans dépendre d'achats répétés : semences paysannes ressemées, compost maison, eau de pluie, bois de taille broyé en paillage.
Les erreurs qui font échouer un premier design
Les débutants qui se lancent seuls dans un projet de permaculture design butent souvent sur les mêmes points. Voici les questions qui reviennent le plus, avec ce que l'expérience des jardiniers montre.
Faut-il vraiment attendre un an avant de planter ?
Pas pour tout. Les cultures annuelles peuvent démarrer dès la première saison en zone 1. L'attente concerne les éléments durables et coûteux à déplacer : arbres, mare, serre, poulailler.
Un design en permaculture est-il possible sur un petit terrain ?
Oui. Les principes s'appliquent à un jardin de ville, une cour ou un balcon : on y travaille surtout les zones 0 à 2, la récupération d'eau et la diversité des plantes en pots ou en bacs.
Combien de temps prend la mise en œuvre complète ?
Plusieurs années. Un verger met cinq à dix ans à produire pleinement et une forêt comestible encore davantage. Le plan sert justement à avancer étape par étape sans perdre la cohérence d'ensemble.
















