Récupérer ses graines, c'est prélever sur des plantes non hybrides, à pleine maturité et par temps sec, des semences qu'on sèche puis qu'on garde au frais pour ressemer la même variété. Tomate, haricot, laitue et pois s'y prêtent dès la première année au potager bio ; courge et chou demandent plus de précautions.
Quelles plantes donnent des graines fidèles à la variété ?
Toutes les graines germent, mais toutes ne redonnent pas la plante dont elles sont issues. Deux conditions comptent : la variété doit être population (on dit aussi ancienne, paysanne ou reproductible), et la fleur ne doit pas avoir reçu le pollen d'une autre variété de son espèce.
Les hybrides F1, signalés par la mention « F1 » sur le sachet, sont issus du croisement de deux lignées parentes. Leurs graines germent, mais la génération suivante se disperse : fruits de taille inégale, goût différent, vigueur en baisse. Pour récolter ses propres graines, on part donc d'un sachet de semences reproductibles, d'un échange entre jardiniers ou d'une grainothèque.
Le second critère tient au mode de fécondation. Les plantes autogames se fécondent le plus souvent avec leur propre pollen, dans la fleur fermée : la variété se maintient sans effort. Les allogames reçoivent le pollen d'autres pieds, apporté par le vent ou les insectes : deux variétés voisines se croisent, et la récolte de semences donne un mélange. Le tableau suivant résume le niveau de difficulté des légumes les plus courants.
| Légume | Fécondation | Difficulté pour garder la variété | Pouvoir germinatif indicatif |
|---|---|---|---|
| Tomate | autogame | facile, variétés anciennes surtout | 4 à 6 ans |
| Haricot, pois | autogame | facile | 3 à 4 ans |
| Laitue | autogame | facile, montée en graines lente | 3 à 5 ans |
| Poivron, piment | mixte | moyenne, isoler les plants | 3 à 4 ans |
| Courgette, courge | allogame | délicate, pollinisation manuelle conseillée | 5 à 6 ans |
| Carotte, chou, oignon | allogame, bisannuelle | difficile, deux saisons de culture | 1 à 3 ans |
Les durées de germination sont des ordres de grandeur relevés dans les guides de production de semences : elles varient avec la qualité du séchage et les conditions de stockage.
Quand récolter les graines ?
La bonne période pour récolter est celle où la graine a fini de se former sur la plante, pas celle où le légume est bon à manger. Pour un fruit charnu, cela veut dire le laisser aller jusqu'à pleine maturité, parfois au-delà : une tomate très mûre, une courge dont la tige a séché, un concombre devenu jaune orange et mou. Pour les légumes à gousses, on attend que les cosses deviennent brunes et cassantes sur la plante ; pour les salades, les fleurs d'aneth, de coriandre ou de basilic, on cueille quand la fleur a fanée et que les capsules brunissent.
La fin de l'été et le début de l'automne concentrent l'essentiel des récoltes, entre août et octobre selon les régions de France. Deux règles pratiques : récolter par temps sec, de préférence en fin de matinée quand la rosée est partie, et choisir les plus beaux pieds, ceux qui ont le mieux résisté aux maladies et correspondent le plus à la variété. Garder les graines d'une plante chétive, c'est sélectionner la faiblesse.
Pour une espèce qui mûrit lentement, on peut couper la hampe entière et la laisser finir à l'abri, tête en bas dans un sac en papier : les graines tombent au fond au lieu de se disperser au jardin.
Comment récolter ses graines facilement, selon le légume ?
Il existe deux grandes techniques pour récolter les graines de légumes : la voie sèche, pour les graines portées dans des cosses, des capsules ou des ombelles, et la voie humide, pour celles qui baignent dans la pulpe d'un fruit.
Les graines de tomate : la fermentation
Chaque graine de tomate est entourée d'une gelée qui empêche la germination. On presse le fruit dans un bocal, on ajoute un fond d'eau et on laisse fermenter deux à quatre jours à température ambiante, en remuant chaque matin. Une fine pellicule blanche se forme : c'est normal. Les bonnes graines coulent, les vides flottent. On rince dans une passoire fine, puis on étale sur une assiette. Astuce de cuisine : cette étape se fait le jour où l'on prépare une sauce, la chair du fruit reste comestible et sert en cuisine.
Courgette, courge et concombre
On ouvre le fruit bien mûr, on retire les graines de la chair, on les rince et on les étale à plat. Les graines de courge pleines se reconnaissent à leur épaisseur : une graine plate au toucher ne germera pas. Attention, courgette, pâtisson et plusieurs courges appartiennent à la même espèce, Cucurbita pepo, et se croisent entre elles dans un même potager.
Haricot, pois, laitue et plantes aromatiques
Pour le haricot et le pois, on laisse les cosses brunir sur la plante, on les cueille quand elles bruissent, puis on écosse. Pour la laitue, l'aneth, la coriandre ou le basilic, on secoue les hampes fleuries au-dessus d'un sac, puis on trie les graines au tamis ou en soufflant doucement sur les débris de fleur. Les graines de fleurs du jardin, soucis, cosmos ou capucines, se récoltent de façon identique.
Éviter les croisements chez les plantes allogames
Le plus grand risque, quand on veut récolter ses semences, c'est l'hybridation involontaire entre deux variétés de la même espèce. Une courgette ronde à côté d'une courgette longue, deux piments différents dans le même rang, et la génération suivante n'aura plus rien de l'une ni de l'autre. Trois méthodes permettent de s'en protéger :
- ne cultiver qu'une variété par espèce l'année où l'on veut garder les graines ;
- isoler dans le temps ou l'espace : semis décalés, ou plants éloignés de plusieurs dizaines de mètres ;
- pratiquer la pollinisation manuelle : fermer la fleur femelle la veille de son ouverture, la féconder à la main avec une fleur mâle de cette variété, puis la refermer et marquer le fruit d'un ruban.
Pour les espèces bisannuelles comme la carotte, le poireau ou le chou, la plante ne fleurit que la deuxième année : il faut la laisser en place au jardin ou la replanter au printemps, ce qui immobilise une planche. C'est un choix à intégrer dans la rotation des cultures sur trois ans plutôt qu'une improvisation.
Sécher puis conserver ses graines
Une graine mal séchée moisit en quelques semaines. On la laisse sécher une à trois semaines à l'air libre, à l'ombre, dans un endroit sec et ventilé, jamais au four ni en plein soleil. Elle est prête quand elle casse net au lieu de plier.
La conservation des graines repose ensuite sur trois ennemis à tenir à distance : la chaleur, l'humidité et la lumière. Un sachet en papier ou une enveloppe, étiquetés avec le nom de la plante, la variété et l'année de récolte, rangés dans une boîte en fer ou un bocal, dans une pièce fraîche, conviennent à la plupart des semences. Une dose de gel de silice ou une cuillère de riz cru dans le bocal absorbe l'humidité résiduelle. Pour conserver les graines de haricot ou de pois, un passage de quarante-huit heures au congélateur, une fois bien sèches, élimine les bruches qui les attaquent de l'intérieur.
Questions fréquentes sur la récolte de semences
Comment savoir si mes graines germent encore ?
Le test de germination le dit en une semaine : dix graines posées sur un papier absorbant humide, dans une boîte fermée, au chaud. Si sept germent, le pouvoir germinatif est de 70 % ; en dessous de la moitié, on sème plus serré ou on renouvelle le lot.
Peut-on récolter les graines d'un légume acheté au marché ?
C'est possible si la variété est population, ce qui n'est souvent pas précisé sur l'étal. Un poivron ou une tomate du commerce est fréquemment un hybride : ses graines donneront des plants hétérogènes. Le résultat reste une expérience, pas une méthode fiable.
Est-il légal d'échanger ses graines ?
En France, l'échange de semences entre jardiniers amateurs est admis, et la loi du 10 juin 2020 sur la transparence de l'information sur les produits agricoles autorise la cession à des utilisateurs non professionnels de semences de variétés du domaine public, y compris hors du catalogue officiel. Les grainothèques de bibliothèques et les réseaux associatifs en vivent.
Constituer sa réserve, année après année
Un jardinier qui garde ses graines pendant plusieurs saisons finit par obtenir une variété adaptée à son sol et à son climat : chaque année, il sélectionne les pieds qui ont le mieux poussé chez lui. C'est l'intérêt des semences paysannes et de leur conservation, qui relèvent autant de la sélection que du stockage.
Quelques conseils pour s'organiser sans se disperser : commencer par trois espèces faciles, tomate, haricot et laitue ; tenir un carnet où l'on note la date de récolte, le nombre de plantes prélevées et le résultat du test ; prévoir la quantité à ressemer en consultant le calendrier des semis, certaines espèces se semant dès la fin de l'hiver, d'autres en septembre pour les cultures d'automne et d'hiver. Pour une variété précieuse, garder les graines de six à dix plantes au moins évite l'appauvrissement génétique qui guette une lignée issue d'une seule plante. Par exemple, pour une salade, laisser monter six laitues au printemps suffit à couvrir plusieurs années de semis ; pour une courge de l'espèce Cucurbita maxima, trois ou quatre fruits pollinisés à la main donnent déjà des centaines de graines.
Laisser quelques plantes monter en fleur a aussi un effet sur tout le jardin : ombelles de carotte et de fenouil, fleurs de poireau et d'aromatiques attirent les pollinisateurs et les auxiliaires qui régulent les pucerons, un appoint direct pour la biodiversité au jardin. Récolter, sécher, trier et conserver prend quelques heures par an. Cet article le montre étape par étape : apprendre à choisir ses porte-graines, puis à les récolter, c'est mettre en terre au moment du semis des graines dont on connaît l'histoire.

















