Le lombricomposteur et le bokashi permettent de composter ses déchets de cuisine sans jardin : l'un les confie à des vers de terre, l'autre les fait fermenter dans un seau. Choisir entre ces deux composteurs d'intérieur dépend de la place, des déchets produits chaque semaine et de la sortie prévue pour le compost.
Sans balcon ni potager, le bokashi n'a pas de sortie
- Le composteur de cuisine bokashi accepte tout, restes de viande et laitages compris, sans odeur ni entretien compliqué, mais il ne rend pas de compost : le contenu du seau doit finir en terre ou dans un bac compost.
- Le lombricomposteur produit directement un compost fin et un engrais liquide naturel, grâce à des vers qui digèrent les déchets organiques dans un espace réduit, mais il impose un régime alimentaire plus strict.
- Sans balcon, sans potager et sans site de compostage à proximité, le bokashi reste une étape sans sortie : c'est la contrainte qui décide le plus souvent du choix en ville.
Fermentation ou digestion : deux procédés opposés sous l'évier
Les deux appareils traitent les mêmes épluchures, mais rien d'autre ne les rapproche. Le bokashi travaille en anaérobie, c'est-à-dire sans air : le seau est fermé, les déchets organiques y subissent une fermentation lactique conduite par des bactéries. Le lombricomposteur, lui, fonctionne à l'air libre à l'intérieur de ses plateaux : des vers de terre et les micro-organismes de leur litière digèrent les déchets et les transforment en un véritable compost.
Cette différence de procédé explique tout le reste. Une fermentation ne chauffe pas, ne perd presque pas de volume et n'élimine pas les graines d'adventices ; une digestion par les vers réduit le volume de moitié et rend un compost stable, riche en nutriments pour les plantes. Le compostage traditionnel en tas, celui qu'on pratique au fond d'un jardin, se distingue encore des deux : il monte en température pendant plusieurs jours, ce qu'aucun composteur d'intérieur ne fait. Si vous disposez d'un extérieur, la comparaison change et notre guide du composteur classique installé au jardin répond mieux à la question. Les deux techniques existent en France depuis une vingtaine d'années, mais leur emploi s'est banalisé avec l'essor du compostage urbain.
Comment fonctionne le bokashi ?
Le procédé vient des travaux de Teruo Higa, professeur d'horticulture à l'université des Ryukyu, à Okinawa, qui a mis au point dans les années 1980 des mélanges de micro-organismes dits efficaces. Le mot japonais signifie à peu près « matière organique fermentée ».
En pratique, on remplit le seau bokashi par couches : quelques centimètres de déchets, une poignée d'activateur (le plus souvent du son de blé ensemencé), puis on tasse pour chasser l'air et on referme. L'activateur sert à activer les bactéries lactiques : sans lui, le contenu pourrit au lieu de fermenter, et l'odeur devient vite désagréable. Le processus de fermentation démarre en quelques heures. Un liquide de fermentation s'accumule au fond du seau et se récupère par un robinet tous les deux ou trois jours ; ce jus de bokashi, très concentré, s'emploie dilué comme engrais liquide naturel pour les plantes ou pur pour entretenir les canalisations.
Une fois le seau plein, il reste fermé deux semaines. À l'ouverture, le contenu du seau n'a pas changé d'aspect : les épluchures sont reconnaissables, simplement acides et couvertes d'un voile blanc. Ce n'est pas encore du compost : la décomposition proprement dite n'a pas commencé. Le compost bokashi ne se forme qu'après enfouissement, quand la matière passe une quinzaine de jours en contact avec la terre d'un pot, d'une jardinière ou d'un composteur. C'est la limite de la méthode : il faut un endroit pour finir le travail.
Comment utiliser un lombricomposteur en appartement ?
Un lombricomposteur est un empilement de plateaux ajourés peuplé de vers de fumier, Eisenia fetida ou Eisenia andrei, qui ne sont pas les lombrics du jardin. On démarre avec une litière de carton humide déchiré, on y installe les vers, et on attend une à deux semaines avant le premier apport sérieux, le temps qu'ils s'installent.
Ensuite, le rythme est celui d'un élevage discret : des apports réguliers mais mesurés, une litière jamais détrempée, une température comprise entre 15 et 25 degrés. Le bac ne sent pas, à condition de ne pas noyer les vers sous plus de déchets qu'ils n'en digèrent. Deux produits en sortent : un lixiviat récupéré au robinet, à diluer, et au bout de trois à six mois un lombricompost fin et sombre, facile à utiliser dans les rempotages et les semis. C'est cette autonomie complète qui fait du lombricompostage la solution la plus simple pour un compost en appartement, y compris quand on cultive uniquement sur un balcon.
L'intérêt de ce système est là : le lombricompost se récolte à domicile, sans rien transporter. Le revers est réel : les vers sont vivants. Ils supportent mal la chaleur d'un studio exposé plein sud en été, réclament un voisin de confiance pendant des vacances longues, et un départ raté (trop d'apports au début, litière noyée) se solde par une population qui s'effondre.
Ce qui les sépare, point par point
| Critère | Bokashi | Lombricomposteur |
|---|---|---|
| Procédé | Fermentation sans air | Digestion par des vers |
| Déchets acceptés | Presque tous, viande et fromage inclus | Végétaux surtout, avec des exclusions |
| Résultat direct | Un ferment à enterrer, plus un jus | Du compost fin, plus un lixiviat |
| Délai | Environ deux semaines, puis enfouissement | Trois à six mois |
| Encombrement | Petite taille, deux seaux en alternance | Un meuble bas, à garder tempéré |
| Entretien | Tasser, vider le jus, racheter l'activateur | Surveiller l'humidité et la population |
| Budget | Achat modéré, consommable récurrent | Achat plus élevé, aucun consommable |
Quels déchets peuvent être compostés dans l'un et dans l'autre ?
C'est l'avantage le plus souvent avancé en faveur du seau, et il est exact. Le bokashi accepte ce qu'aucun composteur classique ne tolère sans risque :
- restes de viande, de poisson, os de petite taille, fromages et produits laitiers ;
- plats cuisinés, sauces, riz et pâtes, pain rassis ;
- épluchures, marc de café, sachets de thé, coquilles d'œufs.
Le lombricomposteur travaille sur un registre plus étroit. Il digère sans problème les épluchures, les fanes, le marc de café et le carton brun, mais on évite d'y mettre agrumes en quantité, oignon et ail, viande, laitages, huiles et tout ce qui est salé. Ces restes-là n'ont alors qu'une autre porte de sortie : la collecte séparée de la commune. Les seules matières à écarter des deux côtés sont les litières d'animaux carnivores, les végétaux traités et les sacs dits biodégradables, qui ne se dégradent pas à cette échelle.
Quel est le meilleur choix selon votre logement ?
La question ne se tranche pas dans l'absolu : elle dépend de l'espace disponible, du volume de déchets produits et surtout d'un débouché pour le compost. Le conseil le plus utile avant de se lancer tient en une phrase : regardez d'abord ce que vous ferez du compost obtenu, pas la contrainte de départ. Quatre situations reviennent :
- Studio ou petit appartement sans extérieur : le lombricomposteur est le plus adapté, parce qu'il boucle le cycle chez vous. Le bokashi vous laisserait avec des seaux fermentés et nulle part où les enfouir.
- Appartement avec balcon planté : les deux fonctionnent ; le bokashi devient intéressant si vous cuisinez beaucoup de produits animaux, à condition d'avoir assez de pots pour enterrer le contenu.
- Maison avec jardin : le bokashi sert alors de pré-traitement rapide en cuisine, avec un composteur traditionnel au fond du terrain pour finir.
- Famille nombreuse : le volume dépasse vite ce qu'un bac unique absorbe, et la combinaison des deux méthodes reste l'alternative la plus tenable, à condition d'y consacrer un peu de temps au quotidien.
Dans tous les cas, le composteur n'est que le dernier maillon. Trier ses biodéchets rend visible le gaspillage alimentaire, et beaucoup de foyers réduisent d'abord leur volume avant d'acheter quoi que ce soit : c'est la même logique que la démarche zéro déchet appliquée au quotidien.
Peut-on combiner bokashi et lombricomposteur ?
L'association est non seulement possible, c'est même la configuration la plus efficace en milieu urbain, et la plus pratique pour une cuisine qui tourne. Le seau encaisse les pics et les déchets interdits aux vers, le lombricomposteur transforme le reste en compost utilisable.
Une précaution s'impose : le ferment sort acide, et versé tel quel il ferait fuir les vers. On le laisse reposer une dizaine de jours dans un bac de transition avec un peu de terre ou de carton humide, puis on l'introduit par petites quantités, en surface d'un plateau seulement. Un apport de la taille d'un bol par semaine, sur un lombricomposteur bien peuplé, passe sans incident.
Le tri des biodéchets a changé la donne en France
La loi AGEC a rendu obligatoire, au 1er janvier 2024, la mise à disposition d'une solution de tri à la source des biodéchets pour l'ensemble des ménages en France. Concrètement, chaque collectivité doit proposer quelque chose : collecte en porte-à-porte, bornes d'apport volontaire, ou distribution d'équipements de compostage individuel. Beaucoup de communes subventionnent l'achat d'un lombricomposteur ou d'un seau ; prendre contact avec le service déchets de sa mairie avant de choisir son équipement est le réflexe le plus rentable.
Le compostage domestique n'est d'ailleurs pas la seule voie. Les sites de compostage partagés, en pied d'immeuble ou en quartier, se sont multipliés et offrent exactement le débouché qui manque au bokashi. Ces sites reposent sur des collectifs de citoyens accompagnés par la collectivité, et le compost obtenu y est redistribué aux habitants, et il fait merveille dans les jardinières comme dans un potager conduit sans engrais chimiques, où il entretient durablement la vie du sol.
Lombricomposteur ou bokashi : les questions des débutants
Le bokashi produit-il du compost ?
Non : il produit un ferment acide et un jus. La matière ne devient du compost qu'après un séjour d'environ quinze jours enterrée dans de la terre, dans un bac ou dans un composteur, où les organismes du sol prennent le relais grâce à la décomposition naturelle.
Faut-il un jardin pour utiliser un bokashi ?
Pas forcément, mais il faut un débouché : des jardinières profondes, un site de compostage de quartier ou un voisin jardinier. Sans cela, le seau ne fait que retarder la poubelle.
Les vers peuvent-ils s'échapper du lombricomposteur ?
Ils restent dans le bac tant que les conditions leur conviennent. Une fuite massive signale toujours un problème : litière trop humide, trop acide, ou chaleur excessive. Corriger l'humidité avec du carton sec règle la plupart des cas.
Combien de temps faut-il pour obtenir un engrais utilisable ?
Le jus de bokashi est disponible dès les premiers jours, le lixiviat du lombricomposteur au bout de quelques semaines. Pour du compost solide, comptez une quinzaine de jours après enfouissement côté bokashi, et trois à six mois côté vers.
















